Nouvelle intervention de mon mentor, un de ses clients une société de distribution cinématographique cherche un directeur financier, à compter du 6 avril 87 ce sera moi.

Une société de distribution acquière les droits de distribution en salle de films français ou étranger, moyennant un à-valoir sur les recettes futures, décide et finance le lancement du film, choix de l’agence de pub, achat d’espace, date de sortie du film, nombre de salles. Tout ceci bien sûr est négocié avec :

  • D’une part pour les films français avec le producteur, (les contrats de cession de droits des films américains prévoient en principe des minimums de budget pub, et des minimum de copies).
  • D’autre part les programmateurs des circuits (à l’époque Gaumont, UGC, Pathé, et les indépendant) qui veulent le film dans un maximum de salle dans leur circuit et un minimum chez leurs concurrents s’il pense que le film sera un succès, dans aucune de leurs salles dans le cas contraire.

La recette salle est répartie environ à fifty fifty entre la salle et le distributeur selon des règles édictées par de Centre National de la Cinématographie. Sur sa part le distributeur se rémunère par prélèvement d’une commission, en général le reliquat de recettes est affecté dans l’ordre au remboursement des frais de sortie (pub et copies) payés par le distributeur, puis au remboursement de l’éventuel à valoir versé par le distributeur, et s’il reste des recettes elles sont versées au producteur.

Dans la pratique cela signifie que chronologiquement

  1. 100 % de la recette distributeur sert à rembourser les frais de sortie.
  2. Si et seulement si il y a un excédant il sert à rembourser l’à-valoir.
  3. Si et seulement si il y a un excédant il sert à payer les commissions non perçues par le distributeur aux stades précédents, selon une formule de taux dedans (style TVA 20 % sur TTC = 25 % sur HT). Définir tous les termes de la formule et l’exposée est sans intérêt.
  4. Les recettes suivantes étant réparties entre  commissions du distributeur et Recettes Nettes Part Producteur.

L’acquisition des droits de distribution se fait la plupart du temps sur scénario, et choix du réalisateur, souvent après signature des acteurs principaux, mais avant début de tournage, plus le projet est avancé lorsqu’on vous le propose, moins il n’a intéressé vos concurrents.

L’exploitation en salles des films est une activité extrêmement concurrentielle. Chaque semaine de 4 à 10 films commencent leur exploitation, un voir deux auront une exploitation salle permettant d’atteindre le stade 4 de répartition des recettes, beaucoup n’atteignent pas le stade 2.

Le boss un homme d’affaire suisse, ayant investi dans le cinéma par hasard sur le tarmac d’un aéroport vaudois, délègue les décisions opérationnelles aux professionnels « compétents ». Les éventuelles conséquences patrimoniales désastreuses de mauvais investissements forment l’élément modérateur essentiel des prises de décisions. Lorsque le(s) décisionnaire(s), n'est pas celui qui finance, la modération laisse sa place à l’intime conviction des décisionnaires. Le patron, lui pas toujours très convaincu, assume financièrement (tout le monde a droit à une danseuse).

Nous sommes dans la période ou les banques incitent (ou au moins soutiennent), les entrepreneurs à la diversification, le nôtre achète, entre autre, à un homme d’affaire célèbre, une société qui lui réserve de bien mauvaises surprises, le cinéma deviens le moindre de ses soucis, bien entendu les banquiers ne suivent plus, il est contraint à céder ses actifs les plus rentables.

Homme exceptionnel, alors que tout autre déclarerai la société de distribution (il s’agit d’un groupe de société, mais je simplifie) en cessation de paiement, lui va s’endetter (en contrepartie de droits ne valant pas le centième des dettes qu’ils reprends) pour pouvoir céder une société, (sans dettes, propriétaire d’une marque valorisante, et de compétences), pour un euro, afin de préserver l’emploi du personnel. Et oui ces patrons là existent aussi, en tous cas il y en a eue au moins un, j'ai eu le plaisir de le cotoyer.

La cession se fait mais un petit groupe composé de moi-même, de M, de ma fille ainée, et de notre assistance juridique n’est pas repris, nous quittons l’entreprise le 15 septembre 92.

Malheureusement, les repreneurs grands spécialistes de l’effet de levier, qui devaient lever des fonds à ne plus savoir qu’en faire, n’ont même pas réussit à payer le personnel au mois d’octobre, fin de l’histoire en quelques mois, heureux les quatre non repris, nous avions touché tous nos droits, les autres ont dues s’adresser au Fond National de Garantie des Salaires.

Il y aura une quatrième et dernière partie...  Ma Carrière fin